Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 16:56

Milwaukee Blues - Louis-Philippe Dalembert - SensCritique

Emmett est mort. Emmett a été tué. Emmett, un Afro-Américain d’un quartier pauvre de Milwaukee, a été assassiné par un flic blanc. Emmett a été victime d’une bavure policière alors qu’il était loin d’être un criminel. C’est le vendeur pakistanais qui a composé le Nine-one-nine et qui le regrette chaque jour. Emmett a présenté un faux billet, il a été arrêté, n’a pas bronché et le flic blanc l’a écrasé de tout son poids jusqu’à ce qu’il étouffe puis meure. Le caissier va passer la parole à l’institutrice d’Emmett qui passera le flambeau à sa meilleure amie, Authie. Nous entendrons aussi les voix du pote d’enfance, du coach, de la fiancée, de l’ex. La dernière partie du roman narre les préparatifs de la marche en hommage à Emmett, le jour des funérailles qui a vu les rues de la ville noires de monde et le discours plein de force et d'énergie de la révérende.

L’auteur s’est évidemment inspiré de la mort de George Floyd heureusement très médiatisée pour évoquer non seulement cette abjecte discrimination mais aussi traiter de la vie de ce quartier de Milwaukee, Franklin Heights, très pauvre et presque uniquement habité par des Noirs. La force du roman réside en sa polyphonie, toutes ces voix qui s’élèvent pour raconter qui Emmett a été forment une immense étoile scintillante. Les morceaux du puzzle de sa vie et de son identité s’imbriquent les uns aux autres, se complètent et finissent par constituer un bel hommage au personnage central. J’ai beaucoup aimé la diversité des tons, des approches et des points de vue qui donnent de la profondeur au personnage en privilégiant sa part d’humanité au détriment de sa couleur. D’intéressantes réflexions jalonnent le roman comme la difficulté de survie pour un couple mixte, les défaillances des pères qui bien souvent, s’en vont, le carcan du quartier dont trop peu s’échappent, la part de responsabilité de l’homme blanc et son engagement. Le pessimisme laisse une petite place à l’espoir qui jaillit parfois, par petites étincelles, et explose dans un beau feu d’artifice final avec le magnifique prêche de la révérende, Ma Robinson. Une très belle lecture en somme !

Le livre a fait partie de la deuxième sélection du Prix Goncourt 2021.

Stokely, le copain d’enfance d’Emmett a été, un temps, guetteur puis dealer : « Un marmot, ça attire moins l’attention, vous comprenez ? Saut si, bien sûr, il est noir et le flic blanc. C’est comme ça ici. Aux yeux des keufs, avant d’être un môme, t’es noir. Ils peuvent te buter s’ils te voient jouer avec un pistolet factice. Après, ils n’auront qu’à dire au juge qu’ils s’étaient sentis menacés. »

Une petite merveille que ce poème de Langston Hughes, le poème préféré des filles du coach :

LA MERE À SON FILS

Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose :
La vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.
Il y a eu des clous,
Des échardes,
Et des planches défoncées,
Et des endroits sans moquettes,
A nu.
Mais quand même,
Je grimpais toujours,
Je passais les paliers,
Je prenais les tournants,
Et quelquefois j’allais dans le noir
Quand y avait pas de lumière.
Alors mon garçon faut pas retourner en arrière.
Faut pas t’asseoir sur les marches
Parce que tu trouves que c’est un peu dur.
Et ne va pas tomber maintenant…
Parce que, mon fils, moi je vais toujours,
Je grimpe toujours,
Et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.

Ma Robinson, aux Noirs qui dénigrent le soutien des Blancs : « Si tu as soif et que quelqu’un te donne un demi-verre d’eau, tu ne dis pas : « Quel pingre ! Le verre n’est pas plein. » Tu bois, tu reprends un peu d’énergie pour avancer, pour continuer à te battre afin d’obtenir plus. »

Partager cet article
Repost0

commentaires

A
J'avais été un peu déçue par son premier roman "Avant que les ombres s'effacent", tout en en appréciant l'originalité dans le traitement du sujet ( la fuite du personnage juif en Haïti pendant la seconde guerre mondiale). Il semble qu'ici aussi, il fasse preuve d'un renouvèlement d'un sujet historique. Alors, ma foi, pourquoi pas !
Répondre
E
Noté aussi mais reporté à plus tard,George Floyd est encore trop présent dans ma mémoire (et tout ce qui s'est passé pendant et après
Répondre
M
Une belle lecture à venir... Il vient de rejoindre ma PAL. Avec ce point de départ et la diversité des voix, il a tout pour me plaire.
J'avais apprécié Mur Méditerranée, où là encore, les voix étaient à l'honneur.
Répondre
V
je crois que je vais continuer avec cet auteur...
Z
J'en ai commencé la lecture et, pour l'instant, je suis d'accord avec toi
Répondre
V
ah tant mieux... et quelques jours plus tard ;) ?
L
et si la force des livres pouvait faire une vraie prise de conscience du racisme ? on peut l'espérer
Répondre
V
oh oui, si seulement... !
C
je l'ai dans ma pal, il faut qu eje l'en sorte rapidement.
Répondre
V
je viendrai te lire alors !
A
Ooh ça a l'air de valoir le détour, j'aime beaucoup le traitement du sujet ici. J'espère pouvoir le trouver à ma bibli !
Répondre
V
Je l'ai acheté et je ne le regrette pas du tout.
A
Il a l'air intéressant. Pourquoi pas.
Répondre
V
Il est très intéressant!
K
Contente de lire ton avis. ce livre sera en bibli!
Répondre
V
Il le mérite !
A
J'avais beaucoup aimé "Avant que les ombres s'effacent". Je ne demande qu'à relire l'auteur, pourquoi pas avec celui-ci.
Répondre
V
je pense que je continuerai à le suivre.
M
Un livre à découvrir donc bien que je suive de loin à présent les sélections des prix, surtout du Goncourt qui me déçoit souvent...j'avais entendu parler de ce titre inspiré de ce terrible fait divers. Le sujet me touche bien entendu. Merci de nous en parler je n'avais pas encore lu de chronique à son sujet.
Répondre
V
je t'en prie, on parle - en effet - souvent des mêmes livres et c'est bien dommage.

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées!
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages