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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 00:07

Livre: L'Inconnu de la poste, Florence Aubenas, Éditions de L'Olivier,  Essais, 9782823609851 - Leslibraires.fr

 

        Gérald Thomassin est un homme étrange. Elevé (ou pas vraiment justement…) par une mère alcoolique et dépravée, il devient acteur à partir du moment où il décroche - par hasard - le rôle principal dans Le Petit Criminel de Jacques Doillon en 1990, il a alors 16 ans. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. L’essentiel réside dans ce gros bourg de l’Ain, Montréal-la-Cluse, où Thomassin a élu domicile en 2007, et plus précisément dans un minuscule bureau de poste où Catherine Burgod, une quarantenaire enceinte, a été assassinée à coups de couteau. L’enquête piétine. Thomassin a mal tourné, il vit de quelques euros, est souvent ivre, sous Subutex. Ses deux copains, Tintin et Rambouille, trouvent qu’il parle souvent du crime de la poste. Deux dames croisées près de la tombe de Catherine, s’inquiètent pour les mêmes raisons, et en plus il sait décrire la scène du crime avec précision. Mais Thomassin n’a ni mobile ni indices ni ADN qui le confondraient. Il continue à tenir des propos bizarres, très souvent en lien avec le meurtre. Puis il fuit la petite ville pour Rochefort.

       On l’a entendu souvent, Florence Aubenas n’est pas seulement journaliste, elle est aussi écrivaine. Il est vrai que les qualités d’écriture du roman sont indéniables, elle sait happer le lecteur, trouver le mot juste, ménager le suspense. Au-delà de cette affaire digne effectivement d’un récit policier, c’est une photographie d’un coin de France rurale qui nous est donnée à voir, avec ses ragots, son apparente tranquillité, ses habitants pas si banals qu’il n’y paraît à première vue (ben oui…). On sent un travail de recherche poussé et abouti, des recherches minutieuses. J’émettrais un petit bémol, une légère lassitude a point mi-parcours, liée sans doute au personnage tête à claques, un looser de premier ordre, qui oscille entre bêtise, folie et cruauté. Mais c’est aussi sa complexité qui rend l’ouvrage intéressant.

Le père de Catherine – à plaindre, évidemment : « Plusieurs fois par semaine, les gendarmes ont pris l’habitude de passer aux nouvelles chez Raymond Burgod, dans le vieux village. Ils le trouvent rarement seul. Sa cuisine a été surnommée « le QG », il y a toujours un visiteur, journaliste, voisin, collègue. »

 

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commentaires

T
bon je crois alors que le personnage va aussi me gonfler, mais Aubenas chez Ali Baddou m'avait convaincue de le lire. D'autant plus que je suis complètement passée à côté de ce fait d'actualité à l'époque. Comme tu t'en doutes c'est le côté France oubliée qui me tente le plus.
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K
Je te conseille aussi Le quai de Ouistreham, remarquable. Je suis très admirative de cette femme.
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G
Je sais, c'est une erreur, je n'ai jamais lu d'ouvrage de Florence Aubenas... Alors que je suis sûre qu'elle est particulièrement intéressante dans ce qu'elle raconte !
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L
On le voit partout, j'ai envie de me laisser tenter si j'en ai l'occasion.
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A
J'avais trouvé son précédent livre trop journalistique. Celui-ci ne me tente pas.
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V
c'était une première pour moi, je n'ai pas de point de comparaison.
M
N'ayant jamais lu Florence Aubenas et ayant lu de nombreux retours tentateurs, j'ai finalement craqué. Hâte de me lancer!
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V
C'est intéressant et bien écrit.
I
Il m'intéresse fortement, j'ai beaucoup aimé Le quai de Ouistreham, lu l'an dernier, et l'intervention de l'auteure à LGL sur ce titre.
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I
Je ne sais pas où tu l'as entendue, mais France Culture lui a consacré une série de podcasts il y a quelques semaines (une série de 5, chacun dure une 1/2 heure) très intéressants à écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/series/florence-aubenas
V
Moi c'est à la radio que son discours m'a plu.
M
Je n'ai encore rien lu d'elle, à voir donc si je la croise à la médiathèque...Merci de nous présenter ce titre-là
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V
je t'en prie :)
A
J'ai particulièrement apprécié ce récit à cause de sa dimension sociologique. Florence Aubenas reste à bonne distance de Thomassin et de ses errements et donne une vraie réalité au personnage de Catherine, la victime. La démarche m'a fait penser à celle de Jaenada, même si ici, l'écriture est plus journalistique et factuelle.
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V
Jaenada qu'il faut que je lise enfin!!!
E
je ne suis pas trop tentée pour l'instant... Cela viendra peut-être :-) <br /> son passage à LGL ne m'a pas tellement convaincue...
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V
ah? Je l'avais entendue à la radio, ça m'avait plu.
A
Je l'emprunterai à la bibli quand je le verrai.
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V
Il est intéressant et vaut le détour.
M
J'adore Aubenas, il faut que je le lise :-)
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V
j'aime aussi ce qu'elle dit et fait.
K
J'ai préféré le quai de ouistreham, où forcément on sent plus F Aubenas; mais ce coin de france est bien rendu
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V
je pense le lire aussi.