Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 20:13

Un paquebot dans les arbres (Babel) | Actes Sud

Dans les années 50, les Blanc sont une famille heureuse. Propriétaires d’un café où on danse le samedi soir, ils sont appréciés dans leur petit village du Val-D’Oise. Paulot, le père, joue de l’harmonica et sait mettre l’ambiance. Des trois enfants, Mathilde est celle qui vénère son père espérant tant lui soutirer des marques d’affection. Mais Paulot est atteint de tuberculose, la famille déménage en face et ne peut plus tenir ce bar. De rechutes en tracas financiers, les parents vont se retrouver dans un sanatorium et les enfants éparpillés, Mathilde et Jacques, le petit frère, dans deux familles d’accueil différentes, Annie vivant déjà sa vie de jeune femme enceinte. Le sanatorium est ce « paquebot dans les arbres », ce microcosme où les parents se retrouvent seuls, malades mais toujours amoureux. Et Mathilde peine à joindre les deux bouts, à tenter de récupérer la garde de Jacques, à continuer vaillamment à rendre des visites au sanatorium, à devenir femme, toute seule.

C’est un très beau livre, assurément. Avec, en son cœur, la famille. Une famille éclatée mais soudée essentiellement par ce couple de parents unis au point de souffrir de la même maladie, au point peut-être de faire passer leur amour avant celui éprouvé pour leurs enfants. Mathilde règne aussi, au-dessus de la maladie, au-dessus de la pauvreté, toujours digne et valeureuse, elle prend la figure d’une Mère-Courage adolescente. L’incipit qui nous montre une Mathilde vieillissante qui revient dans le sanatorium des décennies plus tard - l’endroit est alors à l’abandon - ne pouvait déjà que me plaire, adepte d’urbex que je suis. Je ne fais pas de cette lecture un coup de cœur comme Géraldine chez qui j’ai chipé l’idée de lecture ; la description de la maladie me renvoie à de très mauvais souvenirs, mais l’intrigue est bien menée, les personnages sont attachants (Mathilde est admirable !), le contexte historique des années 50 et 60 intéressant. Et l’écriture, soignée et sans pathos, est très belle. La romancière s’est inspirée d’une histoire vraie et le sanatorium d'Aincourt n'est pas le seul à être laissé à l'abandon.

Paulot ne veut pas danser avec Mathilde, son « p’tit gars » (elle est née après la mort d’un frère) : « Maintenant ils la regardent, la famine poussée seule, sans seins, sans fesses, sans jupe. Celle qui est arrivée quand Paul avait déjà une fille, qui pour lui plaire a pris la place du mort. Elle sourit toujours, par-dessus l’apocalypse. Ils sont gênés, détournent les yeux, se resservent à boire. Ce n’est pas leur faute si Paulot n’est pas foutu de l’aimer comme il faut. »

Ce beau moment où l’hésitation surgit doucement, vivre peut-être un peu pour soi-même… : « Mathilde est un funambule en tension, oscillant entre la nécessité d’être Mathilde Blanc, puissante, enchanteresse, fidèle ; et le désir aigu d’être une autre, fragile, légère, avec des rêves à soi. »

Deuxième lecture  après Kinderzimmer.       

Partager cet article
Repost0

commentaires

A
Un très bon souvenir de lecture.
Répondre
I
J'ai fait comme toi, je l'ai lu après Kinderzimmer. Je les ai aimés tous les 2, bien qu'ils soient très différents. J'avais trouvé le personnage de Mathilde, si forte, si solaire, très attachant.
Répondre
P
Je n'avais pas du tout aimé son style dans "Kinderzimmer" que j'avais même abandonné. Du coup, je ne récidive pas.
Bon weekend.
Répondre
V
je comprends, il y a tant à lire!
K
Pour moi non plus, il n'a pas été un coup de cœur, mais un beau moment de lecture. J'ai préféré Kinderzimmer ou Murène.
Répondre
V
Je ne pense pas avoir préféré Kinderzimmer.
G
Contente que tu m'aies "chipé" cette idée de lecture. J'en ai fait un coup de coeur, ce n'est pas le cas pour toi mais on sent que tu as vraiment apprécié ce roman, c'est l'essentiel !
Répondre
V
oui, c'est juste les passages sur la maladie qui m'ont répugné... C'était une belle lecture, merci encore !
A
J'avais bien aimé ce roman, surtout pour l'atmosphère des années cinquante, et le côté guinguette où surgit la maladie et la guerre d'Algérie. Un personnage un poil trop pathétique pour vraiment me toucher, l'adolescente-courage mal aimée ...
Répondre
V
Elle m'a plu quand même cette Mathilde !
M
Je l'ai beaucoup aimé même si je comprends ton ressenti par rapport à la maladie. J'avais mis du temps à entrer dans l'histoire mais je voulais savoir ce que Mathilde allait devenir...
Répondre
V
je me suis quand même demandée si l'autrice ne versait pas trop dans le glauque, je ne la connais pas suffisamment pour répondre...
M
J'adore cette auteure mais je n'ai pas encore lu celui-ci. Hâte de le découvrir!
Répondre
V
Il devrait te plaire !
S
J'ai trouvé très intéressant le thème du roman et c'est toujours un plaisir de lire cette autrice.
J'ai aussi fait des recherches sur les sanatoriums.
Répondre
V
c'était passionnant !
E
c'est un livre qui m'a bien plu, j'ai même fait des recherches pour voir ce qu'était devenu les sanatoriums (?)
mais j'avais mis un bémol: j'avais trouvé les parents très immatures, égocentriques, c'est aux enfants d'assumer en gros...
Répondre
V
un peu enfermés dans leur amour je trouve... j'ai bien aimé cette idée même si tu as raison de dire qu'ils sont égoïstes (s'ils ne l'avaient pas été, il n'y aurait pas eu de roman!)
P
Tu as lu deux des très bons romans de Valentine Goby, une autrice dont j'apprécie l'univers, l'écriture et la personnalité. C'est quelqu'un qui mérite d'être reconnue.
Répondre
V
elle est déjà dans la case des écrivains que je veux continuer à lire ^^
K
Rien à faire, avec l'auteure, j'ai même abandonné Kinderzimmer... Mais on ne sait jamais...
Répondre
V
ah bon? Oh... celui-là alors? Moins dur quand même...
F
C'est vrai qu'elle est admirable cette Mathilde. J'ai beaucoup aimé ce roman, comme tous les autres lus de Valentine Goby.
Répondre
V
j'aimerais en découvrir d'autres d'elle !