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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 18:20

              Koltès pour moi, ce sont des souvenirs d’atelier théâtre qui remontent à mes vingt ans, ce sont des extraits, des morceaux que j’ai enfin pu réunir en lisant cette pièce.

               Roberto Zucco a tué son père. Emprisonné, il réussit facilement à s’évader au nez des gardiens. Il rencontre une « gamine » qu’il viole mais qui éprouvera pour lui une passion subite et morbide. Zucco se rend chez sa mère et la tue à son tour. Le lecteur-spectateur va encore croiser des policiers, un inspecteur, des putes, le frère et la sœur de la Gamine, une dame et son fils que Zucco tuera froidement d’une balle dans la nuque. Les meurtres s’enchaînent sans explications, la course-poursuite est aussi vaine qu’inefficace, les forces de l’ordre semblant être des pantins incompétents.

                Si la pièce a fait scandale à sa sortie, c’est surtout parce que Koltès s’est inspiré d’un tueur en série, Roberto Succo, qui a réellement tué – au moins sept personnes dont sa mère. Ce qui surprend d’emblée dans cette pièce, c’est le mélange des genres : tour à tour poétique et drôle, mélancolique et burlesque, cette intrigue tragique frôle l’absurde et dérange, une mère n’exprime aucun sentiment quand Zucco tue son fils devant ses yeux, elle évoque vaguement et rapidement le sujet plus tard. Le personnage de la Gamine qui a été déflorée par Zucco est touchant parce qu’elle seule parvient à faire parler le tueur.

              Miroir de la société, de sa violence, de ses indifférences, cette réécriture d’un fait divers brille par sa puissance, ce personnage central atteint rapidement l’aura d’un héros mythique. Il semble s’envoler vers le soleil à la fin de la pièce, loin des hommes qui restent, impuissants. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture et j’aurais sans doute apprécié de voir la pièce jouée avec Pio Marmaï dans le rôle principal.

 

L’inspecteur, peu avant de mourir : « Je suis triste, patronne. Je me sens le cœur bien lourd et je ne sais pas pourquoi. Je suis souvent triste, mais, cette fois, il y a quelque chose qui cloche. D'habitude, lorsque je me sens ainsi, avec le goût de pleurer ou de mourir, je cherche la raison de cet état. Je fais le tour de tout ce qui est arrivé dans la journée, dans la nuit et la veille. Et je finis toujours par trouver un événement sans importance qui sur le coup, ne m'a pas fait d'effet, mais qui, comme une petite saloperie de microbe, s'est logé dans mon cœur et me le tord dans tous les sens. Alors, quand j'ai repéré quel est l'événement sans importance qui me fait tant souffrir, j'en rigole, le microbe est écrasé comme un pou par un ongle et tout va bien »

Zucco : « J'ai toujours pensé que la meilleure manière de vivre tranquille était d'être aussi transparent qu'une vitre, comme un caméléon sur la pierre, passer à travers les murs, n'avoir ni couleur ni odeur ; que le regard des gens vous traverse et voie les gens derrière vous, comme si vous n'étiez pas là. C'est une rude tâche d'être transparent ; c'est un métier ; c'est un ancien, très ancien rêve d'être invisible. »

« L’expérience du malheur ne sert à rien. »

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commentaires

M
A voir :<br /> ROBERTO ZUCCO, de Bernard-Marie Koltès<br /> Adaptation et mise en scène : Magali Serra<br /> <br /> A voir à La Ferronnerie <br /> les 30-31 octobre et 2-3 novembre 2018<br /> <br /> Informations au 01.43.41.47.87 et réservations par digitick<br /> https://www.facebook.com/events/304736176924821/
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M
Je crois que je dois l'avoir dans ma PAL. LE théâtre, c'est vraiment un genre et un lieu que je ne fréquente pas assez...
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V
j'ai fait beaucoup de théâtre, ça aide à apprécier ce genre à part.
E
je ne connais pas l'auteur, et cette pièce l'effraie déjà en lisant ta critique :-)
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V
mais noooon!
E
Un auteur sombre....<br /> Je ne connais pas ce texte<br /> <br /> J
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L
Une pièce assez effrayante !
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M
J’ai toujours eu du mal avec cet auteur, sans doute la noirceur de ses écrits... Mais comme toi, je l’ai connu grâce aux ateliers théâtre dans lesquels on se sert souvent de ses pièces pour cerner un personnage et ses sentiments.
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