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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 18:59

 

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             J’ai résisté quelques petits jours avant d’acheter le dernier roman d’un de mes auteurs favoris.

              Noël 2010, à New York. Juan Diego, la cinquantaine bien entamée, s’apprête à s’envoler pour les Philippines. Cet écrivain plus ou moins reconnu a une mission à accomplir : rendre hommage au  père d’un Américain rencontré quarante ans plus tôt. Le père fait partie de ces soldats tués aux Philippines lors de la Seconde Guerre mondiale, et son fils n’a pas survécu assez longtemps pour se rendre lui-même au cimetière américain de Manille. Le problème, c’est que Juan Diego ne connaît ni le nom du père ni le nom du fils… Le voyage a été organisé et planifié par Clark French, un de ses anciens élèves, dont la femme est philippine. A l’aéroport, les passagers sont bloqués pendant quelques heures à cause d’une météo défavorable. C’est là que Juan Diego rencontre deux femmes étranges qui vont le suivre ou le poursuivre (au sens de « hanter ») pendant des semaines : Miriam et sa fille Dorothy. De vraies sirènes, séductrices mais dangereuses, mystérieuses et ensorcelantes. Juan Diego va coucher avec la fille et quelques jours plus tard, avec la mère.

                  Juan Diego est sous traitement mais ses bêtabloquants annihilent ses rêves. Or, ce grand voyage accompagné de sacrés chamboulements va souvent l’empêcher, volontairement ou non, de prendre ses médicaments. Il va donc se mettre à rêver très souvent, et rêves ont ceci de particulier qu’il y revit son enfance. C’est dans une décharge de Mexico que notre écrivain a grandi, affublé d’une sœur qui devine l’avenir, Lupe, d’un prêtre qui s’occupe des enfants mais surtout lui file plein de bouquins à lire, Frère Pepe, d’un chef de décharge, Riviera, qui, malgré sa bonté, a eu le malheur de rouler sur le pied de Juan Diego, ce qui fait de lui un homme boiteux.

                Les deux récits, celui de l’enfance et de l’adolescence de Juan Diego et celui du présent de cet homme vieillissant et un peu veule, se croisent sans cesse, s’entremêlent au point de ne plus former qu’un tout. Que dire encore de ce roman foisonnant ? On y rencontre des acrobates, un dompteur de lions pervers, un missionnaire amoureux d’un transsexuel, des statues de la Vierge Marie (l’une perd son nez !), des femmes médecins amies et protectrices, des chiens, des coqs qui chantent au milieu de la nuit, des enfants intelligents,… Les récits de morts sont très présents, l’évocation de la religion (mise à mal) aussi et d’autres thèmes récurrents chez Irving : la femme dominatrice, le personnage infirme, la sexualité tournée en dérision, une mise en abyme (encore un personnage écrivain…)

                Alors, qu’en ai-je pensé ? J’ai trouvé certains passages monotones, les escales au cirque ne m’a pas intéressée. Les Madones étaient bien trop nombreuses à mon goût aussi (d’ailleurs, je déteste cette couverture – même opinion pour le titre !) Je sais bien qu’Irving ne sait pas faire court mais le roman aurait mérité un élagage qui n’aurait que mis en valeur sa force. J’ai pourtant adoré retrouver le style Irving qui mêle si bien le grostesque, le fantasque, le farfelu à la poésie, à un océan d’humanité. La petite sœur Lupe qui sait tout sur tout le monde mais trace son chemin doucettement m’a comblée. L’image de ces deux enfants pourtant très heureux vivant dans une décharge et surnommés « los pepenadores » (les charognards) m’a subjuguée, rappelant le vers baudelairien « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » Le couple improbable du pieux et du débauché qui va finir par adopter Juan Diego ne peut être qu’une belle leçon de tolérance et d’indulgence. On se marre bien aussi dans ce roman, rien qu’à lire les néologismes « nasolâtre » ou « mescalisé » ou encore à admirer le tatouage du gringo : un drapeau américain déchiré par la raie des fesses… Allez, retrouvez l’univers de ce génie hors catégorie !

 

 

« En revanche, plus encore que ses érections à éclipses, ses rêves  décousus le perturbaient. Il n’y trouvait plus de chronologie plausible,  pas plus que dans ses souvenirs. Il détestait ces bêtabloquants qui  l’avaient coupé de son enfance ; il faut croire que celle-ci lui importait  plus qu’à la plupart des gens. Son enfance, les personnages qu’il y avait rencontrés, ceux qui avaient changé sa vie, ou qui avaient été les témoins de ses expériences à cette époque cruciale, voilà ce qui lui tenait lieu de religion. »

L’arrivée au cirque de ce groupuscule insolite : « Le crépuscule descendait sur le Circo de La Maravilla, et les divers artistes se préparaient pour la seconde représentation. Quant aux nouveaux venus, ils formaient un quatuor bizarre, entre le jésuite flagellant, le travesti prostitué au passé inavouable à Houston et les deux gamins de la décharge. Par les ouvertures des tentes, ces derniers apercevaient des artistes occupés à se farder ou à mettre la dernière main à leurs costumes, dont un gros nain travesti, qui se passait du rouge à lèvres devant un miroir. »

Qui sont réellement Dorothy et Miriam ? « Dans la vraie vie de Juan Diego, les femmes n’arrivaient pas à la cheville de celles qu’il avait imaginées, et cela expliquait sans doute pourquoi Miriam et Dorothy, bien supérieures à toutes les femmes qu’il avait connues, lui semblaient si attirantes et familières. Peut-être faisaient-elles partie de son monde imaginaire ? Ce qui expliquait son impression de déjà-vu. »

Le roman selon Juan Diego : « La vie est un modèle trop bordélique pour un roman, disait-il. Les personnages fictifs ont plus cohérents, plus consistants, plus prévisibles. Les bons romans ne sont jamais des fourre-tout, alors que le désordre fait bel et bien partie de la vie, enfin de ce qu’on désigne sous ce vocable. Dans un bon roman, la substance de l’histoire procède toujours d’un lieu ou d’une circonstance. »

 

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commentaires

S
J'ai lu une ou deux fois Irving. Je l'ai trouvé très intéressant mais le côté hyper foisonnant et long de ses romans fait que j'hésite toujours à me replonger dans son œuvre.
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V
je peux comprendre. Mais j'aime lire de gros romans qui me plongent dans un univers vraiment particulier. Oui, je suis fan d'Irving!
A
Il y a une illustration du tatouage ?!
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V
et non, mille fois hélas! :)
J
Un génie que je n'ai encore jamais lu (c'est pas bien, je sais...).
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V
quoi? connaissant tes goûts, ça te plairait sûrement!
A
Il y a longtemps que je n'ai pas lu Irving mais celui-ci e m'attire pas vraiment.
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V
C'est dommage, d'une certaine manière!
P
Un auteur que je n'ai pas encore découvert ! Il y en a encore quelques-uns !
Bonne semaine.
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V
oh ben oui, tu as de quoi faire ! L'été serait une bonne occasion :)
L
Je veux tellement le lire !!! :D
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V
lance-toi, j'aimerais lire d'autres avis !
V
mais vas-y, vas-y!
S
Comme Valérie, j'attendais un premier avis. Je n'ai pas tout lu d'Irving, je ne mettrai donc pas celui-ci en priorité.
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V
Mes deux préférés : Le Monde selon Garp et Dernière nuit à Twisted River!
E
A part "Le monde selon Garp" que j'ai aimé, je n'ai rien lu de lui, mais j'ai "L'oeuvre de Dieu, la part du diable" qui a l'air intéressant dans ma PAL. Je n'aime pas non plus la couverture de son dernier roman.
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V
quelle idée, cette couverture ! Elle est repoussante à souhait!
E
Un avis mitigé, j'en ai encore pleins à lire de lui donc je ne suis pas prête pour celui-ci ;)
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V
je te comprends parfaitement!
M
Je ne pense pas avoir lu l'un de ses romans mais je ne suis pas sûre de commencer par celui-là !
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V
ce n'est pas son meilleur d'après moi. Le fameux Monde selon Garp peut-être?
K
J'ai beaucoup aimé A moi seul tous les personnages. Mais là, tu ne me tentes guère. Que faire ? Attendre la sortie en poche peut-être ? Ou qu'il se trouve à la médiathèque ? Moi aussi je déteste la couverture.
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V
Je n'avais pas tellement aimé A moi seul tous les personnages, j'avais largement préféré Dernière nuit à Twisted River, le précédent. Essaye quand même de le lire!....?
L
Je suis assez perplexe, à première vue...
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V
tu peux. Je ne suis pas vraiment déçue mais certains passages m'ont paru looongs...
K
Il y a 15 20 ans je lisais tous ses romans, là ça m'a passé...
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V
j'avais fait une grande pause, c'est le formidable Dernière nuit à Twisted River qui m'a remise sur les rails...
Z
Je n'ai lu qu'un seul livre et, pas mon truc
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V
c'est sûr que c'est particulier, Irving a son style.
V
Ah mais enfin! J'attendais le premier billet sur ce roman avec impatience, merci ! J'adore ce que fait Irving depuis quinze vingt ans, plus que ses romans cultes. J'avoue que ce que tu en dis me fait un peu peur. Tu as raison, la couverture est hideuse.
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V
je t'en prie :) Ce n'est pas son meilleur, j'en suis convaincue, mais on retrouve toute son essence, tout son style si particulier!

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