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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 19:50

 

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          Ce roman dormait dans ma PAL depuis quelques années, il me titillait quand même de savoir ce qui se cachait derrière ce nom plus célèbre pour avoir été la femme d’Aragon que pour ses talents d’écrivain. Ce roman est le premier d'une trilogie intitulée L'âge de nylon.

           Martine est une très très belle jeune femme. Enfant, elle a vécu à l’équivalent de la cour des Miracles. Sa mère, Marie, avec six enfants âgés de 3 à 15 ans, tassait sa marmaille dans une bicoque grouillante de rats. Martine est paradoxalement une excellente élève. N’ayant pas la fibre familiale, elle se réfugie régulièrement chez sa meilleure amie Cécile et sa mère, la coiffeuse et bourgeoise Mme Donzert qui finira par adopter la jolie demoiselle. Toutes les pensées de Martine se tournent vers le beau Daniel Donelle, rosiériste. Elle finit, comme toujours, par obtenir ce qu’elle souhaite et épouse Daniel. Après quelque temps de bonheur, Daniel et Martine s’éloignent l’un de l’autre par absence d’affinités. Martine se laisse emporter par la fièvre acheteuse, se complaît dans le neuf, le brillant, le moderne. Daniel est, quant à lui, obsédé par l’idée de créer une rose à partir de considérations scientifiques de génétique. Elle ne veut vivre dans sa vieille ferme familiale aux habitudes trop rustiques, il ne veut la rejoindre dans l’appartement propret et ennuyeux de Paris. Pourquoi peut-elle s’offrir tous ces objets inutiles ? Parce qu’elle contracte crédit sur crédit et qu’elle finit par ne plus s’en sortir…

            Elsa Triolet peint merveilleusement bien cette société des années 40-50 où on découvrait à peine le réfrigérateur et le lave-linge, et ce besoin d’acheter et d’acquérir est bien sûr encore terriblement d’actualité. Les personnages se fondent très bien dans cet univers, Martine incarne parfaitement la jeune fille superficielle et creuse, mais il a manqué quelque chose à l’intrigue pour en faire un roman passionnant. Un roman de société qui paraissait être une œuvre pionnière en 1959, année de sa publication, mais qui n’innove plus vraiment au XXIème siècle, champion de la surconsommation ! Avec sa morale sans concession (une fille sans éducation restera matérialiste et superficielle toute sa vie), le roman se rapproche du naturalisme zolien et de son déterminisme social. Intéressant !

 

 

« Elle était à cet âge exquis où le corps de la femme est déjà entièrement ébauché, et on a envie de crier à son créateur : « Surtout n’y touchez plus, vous risqueriez de tout gâcher ! » Mais le créateur continue, et, en règle générale, abîme l’ébauche, gâche tout : il en met trop d’un côté et pas assez de l’autre, il s’arrange pour déformer la carcasse elle-même et elle perd la courbe qui en faisait le charme, la tête trop grosse, ou le cou trop court, les genoux cagneux, les épaules aux oreilles… »

« Que pouvait-il contre l’idéal électro-ménager de Martine ? C’était une sauvage devant les babioles brillantes, apportées par les blancs. Elle adorait le confort moderne comme une païenne, et on li avait donné le crédit, anneau magique des contes de fées que l’on frotte pour faire apparaître le démon à votre service. Oui, le démon qui aurait dû servir Martine l’avait asservie. Crédit malin, enchantement des facilités qui comble les désirs, crédit tout-puissant, petite semaine magicienne, providence et esclavage. »

« Moins les gens ont de culture, moins ce sont des intellectuels, et plus facilement ils perdent la tête. Les fous, les folles hantent les villages, les campagnes, c’est là-bas que l’on rencontre les possédés, les innocents, les sorcières et les sorciers. »

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commentaires

Yv 28/12/2015 11:36

J'ai lu récemment un recueil de nouvelles d'Elsa Triolet et franchement, ça m'a plu, une auteure sans doute à (re)découvrir

Violette 28/12/2015 11:50

elle n'est que dans l'ombre de son mari, c'est dommage. Son statut de "femme" n'aide pas.

Moka 23/12/2015 13:45

Ce titre m'attend aussi sur mes étagères.

Violette 24/12/2015 12:11

il prend la poussière chez toi aussi? :)

Alex-Mot-à-Mots 23/12/2015 11:56

Jamais lu cette auteure, je ne connais d'elle que sa liaison avec Aragon. Ca y est , j'ai trouvé ma bonne résolution pour 2016 !

Violette 23/12/2015 13:04

tant mieux :) Je crois que c'est le cas de la plupart : c'est la "femme de"... mais elle est aussi écrivain!!

Laure 23/12/2015 08:58

Un de mes livres préférés dans mon souvenir (lu il y a très longtemps) ! Je n'arrête pas de me dire qu'il faudrait que je le relise, et que je termine l'ensemble de la trilogie.

Violette 23/12/2015 13:05

carrément un de tes livres préférés? Je n'irai pas jusque là, certains passages m'ont paru légers. Mais j'aimerais lire autre chose de cette Mme Triolet!

A_girl_from_earth 22/12/2015 21:05

Tu m'intrigues avec ce roman ! Il serait temps que je découvre Elsa Triolet moi aussi !

Violette 23/12/2015 13:08

elle devrait être plus connue pour son oeuvre!

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